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Boîte à outils gestion responsable de données

8.4 Désinformation et mésinformation


TABLE DES MATIÈRES


À retenir

Les ONG sont confrontées à de plus en plus de campagnes de désinformation/mésinformation, en particulier dans des contextes ou des parties prenantes avec des agendas politiques spécifiques cherchent à les décrédibiliser

Elles ne pourront contrer toutes ces actions, mais s’assurer qu’elles communiquent des données et témoignages crédibles, de qualité, partagées et acceptées par les populations avec lesquelles elles travaillent leur permettra d’atténuer autant que possible l’impact de ces campagnes.

Les phénomènes de désinformation et mésinformation sont multiples et touchent le secteur de l’humanitaire, notamment le secteur de la santé, comme nous allons le voir dans cette sous-section, ainsi que des bonnes pratiques pour limiter les risques qu’ils représentent.

8.4.1 De quoi parle-t-on ?

La désinformation et la mésinformation sont des informations relayant des perceptions qui ne sont pas fidèles à la réalité qui ont des impacts conséquents et transversaux. Ils touchent beaucoup de secteurs et celui de la solidarité internationale n’est pas épargné, d’autant plus vu la place et l’importance que les ONG prennent dans certains contextes où les Etats ne jouent pas toujours leur rôle.

Selon le Cyberpeace Institute, la désinformation ou la diffusion de « fake news » vise « à altérer votre perception de la réalité à long terme. Les campagnes de désinformation sont généralement lancées par des États étrangers, des terroristes et parfois même des acteurs nationaux, dans le but de créer un climat de méfiance. Le but ultime pour ces acteurs est de déstabiliser les régimes et les institutions à des fins politiques, ce qui se termine le plus souvent par des conflits et des tragédies. »

La mésinformation « désigne le fait de diffuser de la fausse information sans avoir de mauvaises intentions » (Source : Site du Centre canadien pour la cybersécurité). Ce qui la différencie de la désinformation, c’est l’intention qui est maligne dans le cas de la désinformation.

Afin d’illustrer la mésinformation, voici un exemple issu du guide Oxfam et the Engine Room (seulement disponible en anglais) sur les données biométriques dans le secteur humanitaire : la mésinformation diffusée à l’intérieur d’un camp. Une personne interviewée a pointé le fait qu’une seule rumeur à propos de l’usage des données biométriques collectées a suffi pour créer un climat de suspicion de la part des populations envers l’organisation.

Censés être des acteurs neutres et donc objectifs sur les situations dont elles sont témoins, la parole des ONG est souvent prise au sérieux et relayée, en particulier lorsque les droits humains sont bafoués. Elles sont donc d’autant plus l’objet de tentatives de décrédibilisation par des acteurs qui ont des intérêts contraires à ceux des ONG, qui prennent généralement la forme de désinformation.

8.4.2 Quels sont les enjeux ?

La désinformation et la mésinformation sont des phénomènes qui sont amplifiés par la dissémination de masse que permet la technologie (Article Next Impact sur la désinformation massive d’avril 2023). Ces deux phénomènes représentent de grands enjeux auquel le secteur humanitaire doit faire face, dont le risque principal est la perte de confiance des populations dans les actions des organisations, et donc l’accroissement de la situation de vulnérabilité dans laquelle elles sont (Voir cet article de l’ICRC).

Ces risques sont d’ailleurs amplifiés par le fait que les technologies de l’AI, par apprentissage et reproduction, peuvent inventer des informations. C’est le cas de Chat GPT qui a créé de toute pièce un article de journal qui semble très crédible et qu’il a attribué au journal The Guardian (seulement disponible en anglais). C’est donc l’environnement dans lequel les ONG naviguent qui a évolué. Elles doivent se confronter à ce sujet si elles souhaitent que les données programmes sur lesquelles elles communiquent continuent à être vues comme crédibles face aux données issues de la désinformation ou de la mésinformation. Elles n’auront malheureusement pas toujours les moyens de contrer les campagnes de désinformation/mésinformation dans lesquelles des moyens considérables sont mises par les acteurs en question, mais avec une communication irréprochable elles protègent autant qu’elles peuvent leur réputation et donc celles de leurs programmes.

Exemple de cas concret : Chat GPT et la crise sanitaire liée à la covid 19

La pandémie de Covid 19 a été le témoin de l’ampleur de la désinformation, dans le domaine de la santé. Le Cyberpeace Institute évoque : « les campagnes de désinformation, qui ont ciblé directement et indirectement la santé, ont été à l’origine d’une véritable « Infodémie » concernant la COVID-19. Certains acteurs étatiques ont volé, manipulé et diffusé des informations provenant d’organisations luttant contre la pandémie ou de laboratoires de recherche sur les vaccins. En introduisant des informations authentiques dans leur récit fictif, ils donnent de la crédibilité à l’ensemble pour mieux désinformer. En découle une perte de confiance de la société dans les structures attaquées, qui peut nuire à la réponse apportée à la crise sanitaire. » (Article de Cyberpeace Institute de mars 2021).

8.4.3 Comment les ONG peuvent-elles appréhender le sujet ?

Appréhender le sujet n’est pas simple pour les ONG, car cela nécessite de s’intéresser fortement à la perception externe des actions des ONG et aux arguments et aux canaux de communication des parties prenantes de la désinformation et mésinformation, pour mieux les contrer.

Le gros du travail est bien entendu du côté des équipes de communication des ONG, mais s’assurer d’avoir des données programmes de qualité, partagées et acceptées par les populations avec lesquelles les ONG travaillent et également des témoignages pertinents pour les étayer est essentiel. Les équipes programmatiques et suivi & évaluation ont donc un rôle clé à jouer dans la construction de cette relation de confiance nécessaire avant tout pour le bon déroulé et la pertinence des activités, mais qui servira aussi indirectement à contrer toute campagne de désinformation.

8.4.4 Ressources clés

  • Pour approfondir le sujet, vous pouvez explorer le site du centre canadien pour la cybersécurité, qui contient des ressources donnant de l’information et des orientations pratiques et notamment des conseils en cas de menace élevée, qui rassemble des bonnes pratiques pour renforcer sa cybersécurité et être mieux protégée face à ce type de menace.
  • Internews, une ONG qui soutient les médias indépendants et les informations fiables, a publié un rapport (seulement disponible en anglais) sur la gestion de la mésinformation en contexte humanitaire, contenant une méthodologie de suivi des rumeurs ou mésinformation, avec des cas d’études et un guide fournissant des modèles, des exemples de gestion de rumeurs dans le secteur.
  • Nous vous invitons à lire deux articles d’ICTworks (seulement disponibles en anglais) :
    • L’article sur la désinformation dans les pays d’Europe centrale et de l’est donne des éclairages sur la façon dont gérer des campagnes de désinformation et l’importance de la construction d’une relation de confiance et du rôle essentiel que joue la société civile dans ces situations.
    • ICTworks contextualise et apporte des explications sur la mésinformation, la désinformation et le discours de haine, et présente 7 recommandations pour les réduire dans cet article.